A TABLE !

 

La première fois n’est jamais une réussite, tout le monde le sait. C’est un moment dans notre vie qui mêle appréhension, curiosité, désir, impatience, on ne sait pas où ça va se passer, à quoi s’attendre, c’est surprenant, décevant parfois, pas toujours en place et chargé de nouvelles attitudes. 

Ah la restauration, quelle histoire !!

Donc par où commencer ? Puis-je d’ailleurs utiliser le verbe « commencer » ? Car tout juste installée à la table, j’ai très souvent l’impression qu’il est déjà temps de débarrasser le planché.

Il y a un truc très particulier dans la restauration en Australie. A peine le dernier coup de fourchette donné, ton assiette est déjà débarrassée, nettoyée, séchée et rangée. Quelle endurance ! Là encore, il y a matière à la moquerie et je suis franchement obligée d’en parler. En bonne Française qui se respecte, je me sens très sérieusement concernée par le sujet.

Starters. Quand tu arrives, on t’accueille, on te place, tu t’assois, le serveur t’amène les menus, jusque-là tout est normal. Menu en main, il est temps de choisir ton repas, encore normal. Quelques courtes minutes plus tard, le serveur revient pour prendre la commande et là c’est le drame. Habituellement du genre « je mets 30 ans à choisir ce que je vais prendre » et bien en Australie j’en mets 1000. Le menu est aussi épais que Le Petit Robert, il est écrit en anglais (pour peu que tu sois dans un resto Asiatique, c’est encore pire), il y a des mots que tu ne comprends pas, enfin bref c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe ! La pression monte. Le serveur se plante là, juste à côté de toi et tout le monde a choisi… mais toujours pas toi et comme tu es « un peu… beaucoup » longue, le délicieux serveur décide finalement de t’accorder 5 min de plus mais revient au bout de deux… et tu n’as toujours pas fait ton choix, oups ! Mais le choix final est crucial. Les plats sont chers, ton portefeuille quasi à sec, tu crèves de faim, tu ne dois donc certainement pas te tromper et hors de question d’aller au resto et de manger un plat que tu n’aimerais pas.

Main course. Tu peux oublier tes habitudes à la Française. Celles auxquelles tu te rattaches, avec lesquelles tu as grandi, celles que tu apprécies et auxquelles tu t’attends à chaque fois que tu vas au restaurant. Un repas pour nous, c’est sacré, organisé, ça se mange chaud et ça se digère. Ici c’est « mange ou crève ». Alors tu manges, dès que ton assiette arrive sur la table, tu manges tant que c’est chaud, tu n’attends plus personne et personne ne veut que tu l’attendes. Les plats arrivent, repartent, mais jamais en même temps et quand la dernière assiette a été débarrassée (et toi tu es toujours en train de mastiquer ta dernière bouchée, mais soudainement à l’allure d’un TGV), pas le temps de reboutonner ton pantalon, que tu es déjà levé en train de payer la note au patron. Ici le service est d’une efficacité presque déconcertante. Tu es sorti dîner avec une bande de potes certes, mais en pratique, tu pourrais presque dire que tu as dîné seul. Littéralement la soirée s’est déroulée comme ça : après que tout le monde eut passé commande, à tour de rôle vous vous êtes regardés manger, vous avez minutieusement ausculté le plat des uns des autres, les assiettes de chacun sont tout logiquement devenues le principal sujet de votre conversation.

Je dois avouer que les soirées sont un tantinet plus speed que ce à quoi on nous a habitué jusque-là, nous qui adorons passer des heures à table ! Fini les longs et interminables repas. On sait qu’en France le repas est de l’ordre socio-culturel (oui rien que ça), que l’alimentation exprime des valeurs, que manger est évocateur de partage et de convivialité, qu’on doit y prendre du plaisir et que son organisation est digne d’un rituel. Et bien dommage ! En Australie (et plus généralement chez les Anglo-saxons), ce n’est pas la même limonade. Ils aiment à pratiquer le «snacking», grignoter à n’importe quelle heure de la journée, n’importe où, n’importe comment. Sacrilège ! Bref, les pratiques alimentaires varient énormément d’une société à une autre, il va donc falloir s’y habituer… c’est pas gagné.

Avec les années, cette façon qu’ont les Australiens de servir devient de moins en moins surprenante, mais toujours aussi hilarante… ou pas.

Dessert. En France le service en restauration est carré, impeccable, soigné et agréable, ce métier est pris très au sérieux. Vêtu de son habit de pingouin, le serveur donnerait presque sa vie pour satisfaire le client. A contrario, en Australie et pour une grande majorité des cas, les serveurs sont des backpackers qui prennent ce job à la cool. Collant maillé, cheveux détachés, l’ambiance est conviviale et détendue, ils font ce métier simplement pour se payer leur prochain road trip dans le Northern Territory.

Pour résumer le tout, tandis qu’en France, le serveur fait en sorte que le client soit le plus satisfait possible, en Australie, le serveur fait tout pour que tu foutes le camp le plus vite possible.

Enjoy your meal !

Article également publié sur le site Le Petit Journal.com/Sydney

 

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3 réflexions sur “A TABLE !

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  3. Ping : SEPTEMBRE | Pardon I'm Just French

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